L’opposition juive au sionisme

PASCAL BONIFACE — En France, des responsables institutionnels, des intellectuels communautaires et certains hommes politiques affirment que l’antisionisme n’est que le masque d’un antisémitisme qui n’ose pas ou qui n’ose plus s’afficher au grand jour. Qu’en pensez-vous ?

YAKOV M. RABKIN — Ces accusations sont fausses et cyniques. Fausses parce que le sionisme constitue une rupture dans la continuité historique du judaïsme. Les intellectuels sionistes et les rabbins orthodoxes qui s’y opposent s’entendent sur le fait que le sionisme représente une négation de la tradition juive. Selon Yosef Salmon, expert israélien de l’histoire du sionisme : « Le sionisme a posé la plus grave des menaces parce qu’il visait à voler à la communauté traditionnelle, tant au sein de la diaspora qu’en Eretz Israël [Terre d’Israël], tout son patrimoine, à lui enlever l’objet de ses attentes messianiques. Le sionisme défiait tous les aspects du judaïsme traditionnel : dans sa proposition d’une identité juive moderne et nationale, dans la subordination de la société traditionnelle à des styles de vie nouveaux, et dans son attitude envers les concepts religieux de diaspora et de rédemption. La menace sioniste a atteint chaque communauté juive. Elle était implacable et frontale, et l’on ne pouvait lui opposer qu’un rejet sans compromis. » [1]

Mon livre Au nom de la Torah [2] offre une histoire de la résistance à cette menace « implacable et frontale ». Or, comment peut-on qualifier d’antisémites les protagonistes de mon livre, ces résistants antisionistes qui sont tous des rabbins et des penseurs juifs ? Comme le montre un autre historien israélien, Noah J. Efron, c’est plutôt la société israélienne qui manifeste des attitudes ouvertement antisémites à l’égard des juifs traditionnels [3].

Lorsqu’à la fin du XIXe siècle, les sionistes ont appelé les juifs à se rassembler en Palestine dans le but d’y former « une nation nouvelle », cette idée radicale en a rebuté la grande majorité, tant laïcs que pratiquants, qui ont rejeté comme absurde le concept sioniste de la nation, pastiche tardif du nationalisme européen du XIXe siècle. Par exemple, pour le rabbin Isaac Breuer (1883-1946), l’un des penseurs éminents de l’orthodoxie moderne, ce nouveau mouvement politique « est l’ennemi le plus terrible qui ait jamais existé pour le peuple juif. […] Le sionisme tue le peuple et élève ensuite son corps au trône ». Comme le montre mon livre, cette opposition ne s’est guère éteinte de nos jours.

Lire la suite de  l’entretien ici :

https://shs.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2004-4-page-17?lang=fr

Voir vidéo :

https://youtu.be/XSiTGdaAIi4?si=9W0k8e9n69WxazXV

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