
Dans deux mois, ma famille et moi célébrerons les 40 ans de notre fille, en situation de polyhandicap lourd depuis sa naissance.
Notre fille ne parle pas, ne tient ni debout ni assise, doit être assistée dans la totalité des gestes du quotidien, notamment pour manger et boire. Elle doit être maintenue par des coques assises ou de verticalisation et ne bouge que le bras gauche pour agiter des hochets avec lesquels elle communique avec son entourage.
Si je me réfère à certains propos tenus et écrits par certaines personnes (membres notamment de l’ADMD), ma fille ne vivrait pas.
En effet, selon le sénateur Henri Caillavet, ancien président de l’ADMD : « est-ce vivre que de ne plus être autonome, de dépendre d’autrui (…) ? Certainement pas ! ». Bulletin de l’ADMD, N°26. Déc. 87, p.3.*
Selon Odette Thibault, « tout individu ne possédant plus ses facultés peut être considéré dans un état sous-humain ou infra-humain, poussé à l’extrême dans le cas du débile profond ». La Maitrise de la mort, Editions universitaires, 1975, p.163.*
Je ne peux croire que vous, Mesdames et Messieurs les députés, qui avez voté pour le projet de loi sur « l’aide à mourir » en mai 2025, considériez vos semblables – car ce sont bien de nos semblables dont il est question ici – comme des sous-humains ou des infra-humains. Ni même – car certains d’entre vous êtes impliqués dans le monde du social – que vous puissiez désigner avec autant de mépris toute personne ayant perdu des facultés en les qualifiant de débiles profonds. En dehors du fait que ces propos sont totalement effarants dans une société qui se veut humaine et compatissante, ce genre de pensées relève d’un âge révolu. Elles sont pour moi totalement indignes d’un être humain.
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Comme un boomerang de lois et circulaires favorisant l’euthanasie appliquée chez les enfants cancéreux depuis 20001, puis les personnes âgées depuis 2020 revient la question : qui assassine qui ? Pourquoi ?
Depuis des lustres et comme pédiatre oncologue, et collègues, nous nous battons CONTRE cette nouvelle « théorie » qui consiste à éliminer les malades considérés comme incurables (par qui ?) et en particulier les enfants cancéreux qui furent probablement le terrain d’essai social de cette pratique immonde dès les années 2000. Les propositions d’essais thérapeutiques usées, les familles se voient expliquer que la compassion de ces médecins chercheurs pour votre enfant les conduit à les « endormir » puisqu’on ne peut plus rien pour eux. En tous cas, ces équipes-là…
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